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"A écouter Orange, Internet devrait être gratuit", une chronique d'Anicet Mbida

Publié par Anicet Mbida le mardi 05 février 2013
Anicet Mbida
Anicet Mbida, aux commandes de Secrets de Fabrication sur la chaîne 6Ter, inaugure le nouvel espace chronique de Clubic Pro. Ce spécialiste du high-tech, passé par Culture Geek sur BFM TV et ancien rédacteur en chef adjoint du magazine 01 Informatique, nous y livrera chaque semaine son avis sur l'actualité numérique.
Imaginez : vous achetez un timbre pour envoyer une lettre. Si vous apprenez que le postier demande aussi au destinataire de payer pour recevoir le courrier, vous aurez du mal à l'accepter. C'est malheureusement ce qu'il se passe sur Internet.

Il y a quelques semaines, Stéphane Richard, PDG d'Orange, était tout fier d'avoir établi « un rapport de forces » avec Google, d'être parvenu à monétiser l'immense trafic généré par l'américain. En clair, Google paie Orange pour acheminer du Youtube, du Gmail et des résultats de recherche vers les internautes. Orange aurait donc obtenu ce dont rêvent tous les opérateurs : toucher de l'argent sur l'utilisation exponentielle des services qui transitent sur son réseau. On a du mal à le croire. Mais si c'est le cas, le prix de l'accès internet devra automatiquement baisser.

Personne n'est dupe, cela n'arrivera jamais

Aujourd'hui le principe de facturation du réseau est simple : c'est en bout de chaîne, au niveau de l'internaute ou de l'entreprise, que sont supportés les coûts d'utilisation de l'infrastructure. Il n'y a, en effet, aucune raison de faire payer le fournisseur d'un site ou d'un service, alors que c'est l'utilisateur qui le demande. Autrement dit, ce n'est pas Google qui consomme beaucoup de bande passante, mais les internautes qui engloutissent la bande passante Orange pour accéder aux services Google. Comme personne ne les oblige à visiter un site, il est donc normal que les internautes paient.

Dans cette logique, si Orange facture déjà Google, pourquoi devrait-on encore payer quand on accède à Youtube, Gmail ou au moteur de recherche ? C'est comme avec la lettre pré-timbrée : il n'y a aucune raison qu'Orange touche sur les deux tableaux s'il est honnête. Il devrait donc logiquement baisser le prix de l'accès internet, voire le rendre gratuit s'il parvient au même type d'accord avec d'autres géants du net.

Mais personne n'est dupe, cela n'arrivera jamais. Cette histoire de « rapport de forces » n'est qu'une façon subtile de remettre en cause le principe de neutralité du net : « n'importe qui, multinationale ou particulier, doit avoir un accès équivalent à Internet, avec des contenus acheminés sans filtrage vers n'importe quel point du réseau ». La France devrait bientôt légiférer sur le sujet. Et les débats promettent d'être encore plus difficiles à suivre maintenant qu'opérateurs et fournisseurs de services mélangent les genres.

Google devient opérateur pour améliorer l'accès à ses sites ? Il doit donc jouer le jeu de l'interconnexion avec les autres opérateurs et les compenser quand il y a déséquilibre dans le trafic. C'est la règle ancestrale du « peering ». A l'inverse, Orange doit éviter le deux poids, deux mesures. Les mêmes conditions doivent être accordées à ses propres services et à ses concurrents. Il est par exemple regrettable que l'accès aux données stockées dans le Cloud Orange, ne soient pas décomptées des forfaits mobiles des clients Orange, alors qu'elles le sont avec Dropbox ou Skydrive.

Ce n'est qu'après avoir démêlé ces intérêts contradictoires que l'on pourra débattre sereinement de neutralité du net.

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